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Réseaux sociaux : vers la fin de la vie privée ?

reseaux-sociaux-vie-priveeEtude-ISD-CIGREFLes acteurs des médias sociaux comme Facebook tentent de prouver que leurs plates-formes encouragent la diversité culturelle en exposant les utilisateurs à un large panel de points de vue. Mais la popularité de ces réseaux a donné lieu à un débat évoquant la fin de la vie privée, ou du moins son érosion progressive, le partage de contenus se généralisant à travers des réseaux toujours plus vastes et homogènes. Ces nouvelles technologies permettent aux entreprises, comme aux Etats, une intrusion sans précédent dans la vie privée. Mais les individus semblent devenir plus tolérants aux intrusions dans leur vie personnelle, et voudraient même participer à cet espionnage dont ils sont la cible. Cette hypothèse de la fin de la vie privée pourrait avoir un impact considérable sur l’environnement culturel, économique et politique. Elle pourrait inciter les individus à adopter des styles de vie plus transparents, ouvrant la voie à un partage ubiquitaire et participatif, tout comme elle pourrait dériver vers une société « Orwellienne » où la surveillance est constante.

Tester l’hypothèse de la « Fin de la Vie Privée » dans la communication assistée par ordinateur

Dans cette étude de la seconde vague de projets de recherche, le Dr. Paola Tubaro (Université de Greenwich), le Dr. Antonio A. Casilli (Telecom ParisTech et EHESS) et Yasaman Sarabi (Université de Greenwich), ont choisi d’examiner le rôle des facteurs relationnels et structurels dans l’évolution des réseaux sociaux en ligne, et l’impact qu’ils peuvent avoir sur la sensibilité des utilisateurs en matière de protection de la vie privée. Les chercheurs ont souhaité, à travers ce projet, évaluer cette hypothèse et ses implications possibles. Leurs conclusions

Essentiels de l'étude THEOP - Vague B

Facebook comme objet d’étude

Les fréquentes évolutions de Facebook semblent indiquer une volonté de Facebook d’ouvrir peu à peu l’accès aux contenus privés de ses utilisateurs. Dans le même temps, celles-ci conduisent les utilisateurs à sans cesse mettre à jour leurs paramètres de confidentialité, tout en bousculant à chaque fois leurs idées sur ce qu’ils considéraient comme public ou privé sur une plate-forme sociale en ligne.

Les publications scientifiques s’accordent pour distinguer plusieurs générations d’utilisateurs d’Internet, les plus âgés se montrant plus conservateurs en termes de protection de la vie privée. Néanmoins, les utilisateurs plus jeunes ne sont pas si oublieux que cela dans ce domaine, mais montrent des comportements plus variés et complexes. Le statut socio-économique et les compétences liées à l’usage d’Internet influencent notamment le paramétrage des options liées à la confidentialité, le genre étant également une variable ayant un impact.

A un niveau plus fin, les stratégies d’auto-présentation doivent être prises en compte. Les utilisateurs laissent des traces et des indices de leur présence et activité en ligne, dans un processus social complexe impliquant la reconnaissance de leur rôle et statut ainsi que l’expression de leurs valeurs et préférences. L’identité numérique se construit à partir de ce qui est déclaré et effectué en ligne.

Si l’on considère la création de liens en ligne comme une part de l’effort que les individus font pour construire leur capital social, il faut alors distinguer les liens forts et les liens plus ténus. Les premiers impliquent une proximité émotionnelle avec les personnes avec lesquelles le lien existe, celui-ci étant source de soutien, tandis que dans les seconds ces personnes s’apparentent à des « connaissances » et les liens sont sources d’information et de nouvelles perspectives. En un sens, la vie privée peut être vue comme un « coût » dans la création du capital social.

Une vision relationnelle de la vie privée, envisagée comme une négociation

Dans le contexte des interactions en ligne, la notion de vie privée est plus complexe que dans un cadre traditionnel, où il s’agit surtout d’identifier un ensemble de données sensibles à protéger. Dans un réseau caractérisé par des interactions multiples, fréquentes et hétérogènes, une perspective relationnelle et multidimensionnelle semble plus appropriée. La notion de vie privée s’inscrit alors dans un processus dynamique dans lequel les individus envoient des signaux à leur environnement et celui-ci leur renvoie un feedback. Les processus de sélection et d’influence entrent également en compte, la sélection définissant avec qui les contenus sont partagés et l’influence ce qui est partagé. Chaque interaction implique alors un processus dynamique d’évaluation, de catégorisation et d’adaptation des contenus que les individus souhaitent partager avec leurs contacts. Cette perspective suggère un glissement de la notion de protection de la vie privée : alors qu’auparavant la vie privée était vue comme quelque chose de pénétrable, elle devient quelque chose de négociable.

Les chercheurs ont choisi de concevoir un modèle informatique capable de simuler la formation et l’évolution de réseaux sociaux en ligne. Le simulateur définit les attributs cognitifs et comportementaux de chaque agent ainsi que les modes d’interaction possibles, puis il les laisse interagir et observe l’évolution du système dans le temps.

Les principales conclusions de l’étude THEOP

En se basant sur les résultats obtenus, les auteurs estiment que la structure du réseau est un élément important pour comprendre les choix en matière de protection de la vie privée.
Les facteurs structurels et relationnels semblent même avoir plus d’impact que les attributs individuels, les attitudes culturelles et l’ouverture à la diversité. Ces éléments déterminent dans quelle mesure l’homophilie tend à séparer les individus en communautés isolées ou à les rassembler en unifiant leurs préférences culturelles.

La seconde conclusion est que les médias sociaux ne signifient pas obligatoirement la fin de la vie privée. C’est notamment quand la connectivité est étendue au maximum et le partage de contenus le plus ouvert qu’une majorité d’agents activent leurs paramètres de confidentialité.

Troisième constat, les choix des utilisateurs en matière de protection de la vie privée finissent toujours par resurgir les interventions extérieures sur les paramètres de confidentialité contribuant même à attirer l’attention sur ceux-ci. Même les utilisateurs acceptant un certain niveau d’ouverture de leurs données peuvent réagir fortement si des changements dans les termes d’utilisation d’un service les placent dans une position inconfortable ou leur demandent un effort trop important. Par-dessus tout, ces résultats incitent à accorder plus d’attention aux attitudes et aux réactions des utilisateurs. Les législateurs doivent envisager des moyens de fournir à ces derniers un degré satisfaisant de protection, notamment pour ceux que ces enjeux préoccupent mais qui ne sont pas en mesure d’ajuster leurs paramètres faute d’expérience ou de compétences adéquates.

Présentation initiale de l’étude

Dr. Paola Tubaro (Université de Greenwich)

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Les premier Essentiels du programme de recherche

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